DIANE AU PAYS DE L'ETRANGE
Steven Shainberg, réalisateur du troublant La Secrétaire, nous revient avec un portrait de femme, celui de la bouleversante photographe américaine Diane Arbus connue pour ses clichés dérangeants et hors du commun qui s'est donnée la mort en 1971.
Le film ne se prétend pas être une biographie, mais plutôt une approche imaginaire de la vie de cette femme qui permettrait de mieux cerner son univers. D'abord assistante de son mari, photographe de mode, Diane acquiert peu à peu son indépendance et produit ses propres clichés. Le film est une fiction sur la transition entre ces deux statuts. L'entrée en scène de Lionel Sweeney, un homme atteint d'une maladie rare le recouvrant d'une pilosité abondante, n'est donc qu'un prétexte fictif pour rentrer dans un univers qui sera bientôt propre à Diane, un univers bien particulier peuplé de marginaux et d'individus difformes. Lionel est en quelque sorte son initiateur et une relation assez trouble s'instaure entre eux deux. Il est la Bête de Cocteau et elle la Belle dont la vie ne sera plus jamais la même.
Plongeant son film dans une atmosphère trouble, Shainberg prouve son talent de cinéaste. Les longs travellings, les longs plans silencieux sont porteurs d'une grande puissance et d'une grande sensibilité. Les emprunts à " Alice au pays des merveilles " de Lewis Carroll confirment cette échappée du réel et le spectateur peut avoir ainsi un échantillon de ce que fut l'univers de Diane Arbus. Car le film s'arrête là où sa carrière de photographe commence réellement, Lionel Sweeney n'étant qu'un déclencheur à sa future vocation.
Ce film en déroutera plus d'un, plaira ou décevra, mais c'est tout de même indéniablement un grand film aux frontières du surréalisme chargés de symboles et de références. Nicole Kidman y est fabuleuse et une fois de plus surprenante et mention également à Robert Downey Jr., parfait en " bête " condamnée.
Une oeuvre qui peut donc mitiger les opinions mais ne peut certes pas laisser insensible et qui inciterait même à découvrir les véritables travaux de Diane Arbus.
